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Le grand Livre
175 pages • Dernière publication le 12/09/2019

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REFLEXIONS & PERSPECTIVES / Contributions / Page 144 • Publiée le 15/05/2018

" Un chemin de consience", profession de foi de Benoît Richter

Un homme marche le long d’un sentier. Tout en marchant, il rêve. Il suit le fil de ses pensées, indifférent au monde qui l’entoure. Machinalement, il a gravi une côte et se retrouve soudain en haut d’une falaise, face à l’océan. La splendeur du spectacle le tire de sa rêverie. Il se sent anéanti, comme s’il n’était plus là, comme si seul l’océan était là. Il se sent aussi apaisé, lavé de ses peurs, extirpé de ses labyrinthes.

Puis il s’habitue. L’émotion ressentie s’estompe. Son esprit reprend le monologue ininterrompu qu’il tient sur lui-même, tantôt élogieux, tantôt angoissé. L’homme reprend sa route, indifférent au monde qui l’entoure.

Cette situation, cette modification de notre présence au monde, nous l’avons tous vécue au contact de la nature, mais pas seulement. Il est nous est parfois donné de la rencontrer devant les œuvres des hommes, à Lascaux, au musée des Offices à Florence, devant un dessin d’enfant.

Le théâtre, entre tous les arts, est le lieu de la présence au monde et de sa modification. Sur la scène, les acteurs, par leur discipline, accèdent à des niveaux de présence différents, et par leur jeu, par celui de la mise en scène, amènent les spectateurs à emprunter, tous sens en éveil, un chemin de conscience pure : quand nous arrive-t-il d’ouvrir ainsi notre âme à une heure et demie de mensonge absolu ?

Le théâtre distribue de solides coups de bâton pour nous révéler le réel, aérer nos esprits, dévoiler la profondeur des choses, permettre à nos désirs intimes de faire surface, quand tant d’intérêts mercantiles voudraient nous cantonner à la surface du désir, à l’heure où tant de prétendus spectacles culturels se révèlent n’être que des préambules à la consommation. 

Pour que le théâtre continue de remplir ce rôle, je crois que celui qui porte à la scène doit s’imposer le mouvement inverse : modifier en amont sa présence au monde, laisser passer ses désirs de surface, ses angoisses, pour développer une conscience claire, être attentif à l’instant, aux situations.

L’émergence de la poésie dans la vie quotidienne attire l’attention, comme pour notre marcheur du premier paragraphe, et peut-être, certaines fois, les spectateurs de nos théâtres.

L’émergence de l’attention réalise la poésie dans la vie quotidienne, et c’est, je crois, notre rôle.

Benoît Richter
 
(Texte paru dans La Lettre n°5 de l'APMS, novembre 2004)



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