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Le grand Livre
175 pages • Dernière publication le 12/09/2019

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HISTORIQUE & ARCHIVES / Histoire de la mise en scène / Page 34 • Publiée le 25/02/2018

Lugné-Poe et le symbolisme à lŒuvre

« Lugné-Poe, au cours de sa longue carrière, à fait plus pour l’art dramatique que l’Etat français avec toutes ses possibilités. Il aimait la vie, le présent et l’avenir, tandis que le théâtre officiel ne se nourrissait que de chair pourrie. » Paul Claudel


Lugné-Poe (1869-1940) est considéré comme un des grands novateurs de la mise en scène. Il a donné une existence scénique au Symbolisme, en opposition au Naturalisme d’Antoine.

Après avoir quitté Antoine, dont il fut le régisseur pendant deux ans (1888-1890), et son Théâtre-Libre, Lugné-Poe, proche des Symboliste, rejoint, en tant qu’acteur Paul Fort et théâtre d’Art (1890-1893). Le jeune poète, en créant ce lieu, désirait faire la synthèse de tous les arts et des conceptions scéniques de Richard Wagner.

« La parole crée le décor comme le reste ». Paul Fort

En 1893, en s’appuyant sur les principes du Théâtre-Libre, Lugné-Poe crée avec Camille Mauclair et Edouard Vuillard, la maison de l’Œuvre qui devient ensuite le théâtre de l’Œuvre, un collectif de spectateurs et d’artistes. C’est une société d’abonnés, il n’y a donc pas de billetterie, ce qui fait que l’on joue en privé, ce qui permet d’échapper à la censure, alors très active. Lugné-Poe fait alors du théâtre de l’Œuvre un foyer de découverte et d’expérimentation. Itinérant jusqu’en 1919, il s’installe définitivement à la cité Monthier, rue de Clichy.

Le théâtre de l'Œuvre                                                       (Le théâtre de l'Œuvre)

Lugné-Poe, transfuge du théâtre d’Art, a matérialisé sur la scène l’esthétisme symbolique, ce qui n’était pas une mince affaire. Car le mouvement symboliste, avant tout poétique et littéraire, n’aimait pas beaucoup l’art théâtral. Pour son chef de file, Stéphane Mallarmé : « la mise en scène est une entrave à la rêverie du spectateur ».

On considère Lugné-Poe comme un novateur et un initiateur parce qu’il a inventé un style. L’acteur, presque désincarné, psalmodie son texte d’une voix blanche, avec lenteur sans effets dans un état semblable au somnambuliste. Quant aux décors, à peine éclairés, ils ne sont pas illustratifs mais synthétiques et suggestifs.

« Nous voulons faire connaître des œuvres ou l’idée seule dominera… Nous n’attacherons qu’une importance médiocre au côté matériel dénommé théâtre ».

Mais cette façon de faire devient vite un procédé. Lugné-Poe sait qu’à force de vouloir déthéâtraliser le théâtre, on risque de le dévitaliser et ne produire que des spectacles pour initiés. Et comme les auteurs purement symbolistes ne sont pas légion, il va se tourner vers les auteurs étrangers, surtout les Scandinaves comme Strindberg et Ibsen, découverts par Antoine. Et ils ne les traiteront pas de la même manière. Si Antoine, dans les principes du Naturalisme à la Zola, voyait dans les thèmes de ces œuvres pathologie, hérédité, Lugné-Poe, à la manière des symbolistes, lui voyait fatalité extérieure, malédiction.

Programme du théâtre de l'Œuvre,                                                     (Programme d'Edouard Vuillard, 1894) 

Mais Lugné-Poe, va s’écarter petit à petit du symbolisme et crée l’événement en produisant la pièce de son secrétaire, Alfred Jarry, «  Ubu roi », provocation farcesque, considéré comme la source du théâtre de l’Absurde. Ensuite, il va tenter d’autres expériences et évoluer vers un réalisme stylisé.

En véritable dénicheur, il fait connaître au public français tout un répertoire étranger (Maeterlinck, Ibsen, Strindberg, Wilde, Synge…) et aussi français en encourageant les jeunes auteurs (Jarry, Claudel, Salacrou, Achard…).

En fait, Lugné-Poe pensait la scène comme le lieu de tous les possibles et c’est en cela qu’il a marqué son époque. Son œuvre trouve des prolongements esthétiques chez Copeau, qui considère le théâtre comme un art véritable, et les metteurs en scène du Cartel, mais aussi chez nos contemporains tel que Claude Régy, Bob Wilson

Marie-Céline Nivière

Sources : « Histoire du théâtre dessinée », André Degaine (Edition Nizet).
« Dictionnaire encyclopédique du Théâtre », dirigé par Michel Corvin. (Edition Bordas, 1991).
« Histoire du théâtre de l’Œuvre, première époque 1893-1928 » site du théâtre de l’Œuvre.
« Encyclopédie unviersalis", article sur Lugné-Poe



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