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Cyril le Grix - premier vice-président du SNMS

Le fantôme de Pepper

Même si l’accalmie est évidente en Europe, la crise sanitaire engendrée par la Covid-19 et ses multiples conséquences ne sont pas circonscrites à ce jour. Comme l’expérience nous l’a appris, la forte baisse du nombre de personnes touchées par le coronavirus n’est peut-être qu’un leurre et nous devons rester vigilants. Dans nos métiers et plus particulièrement celui de metteur en scène, l’avenir est trouble et il nous faut naviguer à vue. La réouverture des théâtres n’est pas systématiquement synonyme de la reprise des créations qu’exige l’exercice de notre art. Les plus chanceux d’entre nous s’attellent à reprendre des projets mis en suspens depuis mars 2020. L’embouteillage monstrueux de la programmation des spectacles est un problème de taille et malgré les efforts de certains lieux – le TNP de Villeurbanne par exemple annonce 30 % de spectacles en plus pour la saison à venir – rien n’appelle à un retour à la normale avant de nombreux mois.

D’autre part, la reprise de la fréquentation des lieux culturels est lente et timide. Les billets sont achetés à la dernière minute, démontrant une nouvelle attitude du public, plus impulsive et spontanée. Les habitudes ont changé : les achats en ligne concernent désormais de nombreux domaines du quotidien. Les restaurants livrent directement les repas à domicile, les abonnements Netflix ont bondi dès le premier confinement (en France, c’est 1,9 millions d'abonnés supplémentaires dès juin 2020, soit une augmentation de 30% du nombre d’abonnés) et le livestream s’est développé dans le Spectacle Vivant. Avec l’automne qui pointe son nez, les mauvaises habitudes prises durant les confinements successifs risquent d’avoir la peau dure.

Le public retrouvera-t-il durablement le chemin des théâtres, et la fumée des sacrifices pratiqués sur l’autel de la Covid, sera-t-elle suffisamment délectable aux puissances célestes pour apaiser leur fureur ?

Pour les metteuses et metteurs en scène, cette crise aura également révélé à quel point le droit d’auteur est un bouclier essentiel pour notre profession. Pour celles et ceux qui déclarent régulièrement leurs mises en scène à la SACD, cela leur aura permis de bénéficier des aides générées par les fonds de soutien mises en place pour les auteurs dès le début de la crise. Si l’on peut toutefois regretter certains « trous dans la raquette » (pour reprendre l’expression de l’émissaire du ministère de la Culture), cette solidarité a permis à beaucoup d’autrices et d’auteurs de traverser tant bien que mal une crise inédite. Pour les autres, notre syndicat doit faire preuve de pédagogie afin que le droit d’auteur du metteur en scène devienne une pratique régulière, un réflexe au service de tous. En parallèle, nous devons entreprendre des négociations avec les syndicats d’employeurs pour que la perception de ce droit d’auteur se fasse de manière automatique, à la source, c’est à dire auprès des diffuseurs, comme cela est le cas pour les auteurs-texte et les auteurs de musique.

Ainsi, au-delà d’un gage de protection de l’œuvre scénique, ce droit d’auteur doit être une source de rémunération régulière pour tout metteur en scène, quel que soit le mode de diffusion. Or le livestream, qui fait partie des nouveaux modes de diffusion du Spectacle Vivant, s’est durablement inscrit dans notre quotidien confiné. Cette diffusion en direct sur le Net d’un spectacle, a permis la représentation de certaines œuvres. Hors du contexte de crise, ce mode de diffusion peut augmenter la visibilité et la circulation de l’œuvre scénique et, dans certains cas, toucher de nouveaux publics. Cependant il n’appartient pas à ce jour à un modèle économique éprouvé. Si nul n’est en mesure de prophétiser son devenir, l’évolution de la technologie et le développement de la 3D mais aussi la multiplication des canaux de diffusion qu’il faut toujours plus alimenter, lui confère un bel avenir dans nos foyers. Le fantôme de Pepper, cette illusion optique née au XIXème siècle sur une scène de théâtre, ancêtre de l’hologramme, était-elle une préfiguration de l’avenir numérique réservé au Spectacle Vivant ?

Même si ces projections fantasmagoriques sur l’avenir du théâtre en feront sourire certains, ce nouveau mode de diffusion en ligne dans sa forme actuelle est une réalité qu’il serait dangereux de négliger. Elle démontre une nouvelle fois en quoi le droit d’auteur est un outil incontournable de la protection des œuvres et de leurs créateurs dans un monde soumis à la loi numérique. Cette crise est un appel à anticiper les évolutions de nos métiers. En effet, les critères de perception des droits afférents à l’œuvre scénique créée n’ont pas encore fait l’objet de négociations pleinement abouties. Les enjeux économiques sont sérieux pour les metteuses et les metteurs en scène et par conséquent, c’est un chantier de taille parmi ceux qui nous attendent au sein de notre syndicat.

Cyril le Grix – Octobre 2021

Le fantôme de Pepper

Même si l’accalmie est évidente en Europe, la crise sanitaire engendrée par la Covid-19 et ses multiples conséquences ne sont pas circonscrites à ce jour. Comme l’expérience nous l’a appris, la forte baisse du nombre de personnes touchées par le coronavirus n’est peut-être qu’un leurre et nous devons rester vigilants. Dans nos métiers et plus particulièrement celui de metteur en scène, l’avenir est trouble et il nous faut naviguer à vue. La réouverture des théâtres n’est pas systématiquement synonyme de la reprise des créations qu’exige l’exercice de notre art. Les plus chanceux d’entre nous s’attellent à reprendre des projets mis en suspens depuis mars 2020. L’embouteillage monstrueux de la programmation des spectacles est un problème de taille et malgré les efforts de certains lieux – le TNP de Villeurbanne par exemple annonce 30 % de spectacles en plus pour la saison à venir – rien n’appelle à un retour à la normale avant de nombreux mois.

D’autre part, la reprise de la fréquentation des lieux culturels est lente et timide. Les billets sont achetés à la dernière minute, démontrant une nouvelle attitude du public, plus impulsive et spontanée. Les habitudes ont changé : les achats en ligne concernent désormais de nombreux domaines du quotidien. Les restaurants livrent directement les repas à domicile, les abonnements Netflix ont bondi dès le premier confinement (en France, c’est 1,9 millions d'abonnés supplémentaires dès juin 2020, soit une augmentation de 30% du nombre d’abonnés) et le livestream s’est développé dans le Spectacle Vivant. Avec l’automne qui pointe son nez, les mauvaises habitudes prises durant les confinements successifs risquent d’avoir la peau dure.

Le public retrouvera-t-il durablement le chemin des théâtres, et la fumée des sacrifices pratiqués sur l’autel de la Covid, sera-t-elle suffisamment délectable aux puissances célestes pour apaiser leur fureur ?

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